Le gouvernement haïtien affirme progresser contre les gangs à Port-au-Prince, — mais le retour à la normale reste incertain
Haiti’s Government Claims Progress Against Gangs in Port-au-Prince, but the Road Back to Normalcy Remains Long
By Patrick Prézeau
Stephenson
PORT‑AU‑PRINCE
— The announcement came with a tone of cautious triumph. Speaking before the
United Nations Security Council, Haiti’s Prime Minister Alix Didier Fils‑Aimé
said that, for the first time in years, the capital was beginning to breathe
again. Streets once controlled by armed groups were reopening. Markets were
filling. Children were returning to school in neighborhoods where gunfire had
become a daily soundtrack.
“Concrete results are starting to
emerge,” he told the Council, crediting the Haitian Armed Forces, the National
Police, and the newly arrived gang suppression force backed by the United
Nations.
For a country battered by years of
spiraling violence, the message was meant to signal a turning point. But in
Haiti, where optimism has often been followed by disappointment, the
declaration raised as many questions as it answered.
A City Slowly Reclaiming
Itself
Just three weeks after the
multinational force landed in Port‑au‑Prince, Haitian authorities say they now
control 72 percent of the capital, a dramatic shift from last June, when
the UN reported that gangs held “near‑total control” of the city.
Residents in some districts confirm
that the atmosphere has changed. Roadblocks have disappeared from key arteries.
Public transport has resumed in areas long considered no‑go zones. In Bel‑Air,
a neighborhood repeatedly ravaged by gang warfare, shopkeepers say they can
finally open their doors before noon.
But the relief is uneven. In other
parts of the capital, gunfire still echoes at night. Families displaced by
earlier waves of violence remain crowded into makeshift shelters, unsure
whether it is safe to return home. And many Haitians, while welcoming the new
force, remain wary of declaring victory too soon.
A New Force, a Familiar
Uncertainty
The current mission replaces a
smaller, underfunded deployment led by Kenyan police that struggled to gain
traction. The new force arrives with broader backing and a clearer mandate, but
it faces the same entrenched networks of armed groups that have grown deeply
embedded in the country’s political and economic fabric.
Last month, the UN Office of the
High Commissioner for Human Rights reported that one in four Haitians
lived in areas controlled by criminal gangs. Between March of last year and
January 2026, at least 5,519 people were killed and 2,608 injured,
according to the same report — a level of violence that has reshaped daily life
and pushed the country into a deepening humanitarian crisis.
The prime minister’s remarks reflect
a government eager to show progress, but analysts note that reclaiming
territory is only the first step. Restoring trust in state institutions,
rebuilding shattered neighborhoods, and preventing gangs from regrouping will
require sustained political will and long‑term investment.
A Pivotal Moment — and a
Narrow Window
The UN Special Representative for
Haiti told the Security Council that the country stands at a “pivotal moment,”
emphasizing that elections remain the only legitimate path back to
constitutional order. Haiti has not held national elections since 2016,
largely because of the security collapse.
Diplomats say that without a
credible political roadmap, even the most successful security operations risk
being temporary. Armed groups have repeatedly exploited power vacuums, and past
international interventions have struggled to translate military gains into
lasting stability.
For many Haitians, the question is
not only whether the government can retake the streets, but whether it can
rebuild the institutions that once governed them.
A Country Waiting for
Normal Life to Return
In downtown Port‑au‑Prince, a « madame
Sara » named Mireille said she has seen “a little calm” in recent days.
She now keeps her stall open an extra hour, something she had not dared to do
for months. But she still sends her children to stay with relatives outside the
city.
“Maybe things are changing,” she
said. “But we have seen hope before.”
Across the capital, that sentiment
is common: a mixture of relief, skepticism, and exhaustion. The new force may
be shifting the balance, but the deeper crisis — mass displacement, economic
strain, and the erosion of state authority — remains unresolved.
For now, Port‑au‑Prince is a city in
transition, caught between fear and possibility. Whether this moment becomes a
turning point or another fleeting reprieve will depend on what comes next:
security, yes, but also governance, accountability, and a political process
that Haitians have been waiting nearly a decade to see restored.
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Le gouvernement haïtien affirme
progresser contre les gangs à Port-au-Prince, — mais le retour à la normale
reste incertain
Par Patrick Prézeau Stephenson
PORT‑AU‑PRINCE — L’annonce a été faite avec un
ton de prudente satisfaction. Devant le Conseil de sécurité des Nations Unies,
le Premier ministre haïtien Alix Didier Fils‑Aimé a déclaré que, pour la
première fois depuis longtemps, la capitale commençait à respirer de nouveau.
Des rues autrefois contrôlées par des groupes armés se rouvrent. Les marchés
reprennent vie. Des enfants retournent à l’école dans des quartiers où les
rafales d’armes automatiques rythmaient le quotidien.
« Des résultats concrets commencent à émerger »,
a-t-il affirmé, attribuant ces progrès aux Forces armées d’Haïti, à la Police
nationale et à la nouvelle force internationale de répression des gangs appuyée
par l’ONU.
Pour un pays éprouvé par des années de violence
croissante, le message se voulait un signe de basculement. Mais en Haïti, où
l’espoir a souvent été suivi de désillusions, cette déclaration soulève autant
de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Une capitale qui tente de se réapproprier son
espace
Trois semaines seulement après le déploiement de
la force multinationale, les autorités affirment contrôler 72 % de Port‑au‑Prince,
un changement spectaculaire comparé à juin dernier, lorsque l’ONU signalait que
les gangs exerçaient un « contrôle quasi total » de la ville.
Dans certains quartiers, les habitants
confirment un changement d’atmosphère. Les barrages ont disparu de plusieurs
axes majeurs. Le transport public circule à nouveau dans des zones longtemps
considérées comme impraticables. À Bel‑Air, un quartier ravagé à répétition par
les affrontements, des commerçants disent pouvoir ouvrir plus tôt et fermer
plus tard.
Mais ce répit reste inégal. Dans d’autres
secteurs, les tirs résonnent encore la nuit. Des familles déplacées par les
violences précédentes s’entassent toujours dans des abris improvisés,
incertaines de pouvoir rentrer chez elles. Et si la nouvelle force est
accueillie favorablement, beaucoup d’Haïtiens hésitent à parler de véritable
amélioration.
Une nouvelle mission, mais des défis familiers
La mission actuelle remplace un déploiement plus
modeste, dirigé par des policiers kenyans, qui manquait de ressources et de
personnel. La nouvelle force arrive avec un mandat plus clair et un soutien
international plus large, mais elle se heurte aux mêmes réseaux criminels
profondément enracinés dans le tissu politique et économique du pays.
Le mois dernier, le Haut‑Commissariat des
Nations Unies aux droits de l’homme estimait que un Haïtien sur quatre
vivait dans une zone contrôlée par des gangs. Entre mars de l’an dernier et
janvier 2026, au moins 5 519 personnes ont été tuées et 2 608
blessées, selon le même rapport — un niveau de violence qui a redéfini la
vie quotidienne et plongé le pays dans une crise humanitaire persistante.
Les propos du Premier ministre reflètent la
volonté du gouvernement de montrer des avancées, mais des analystes soulignent
que reprendre des territoires n’est qu’une première étape. Restaurer la
confiance dans les institutions, reconstruire des quartiers détruits et
empêcher les gangs de se réorganiser exigera une volonté politique durable et
des investissements à long terme.
Un moment charnière — et une fenêtre étroite
La Représentante spéciale de l’ONU pour Haïti a
rappelé devant le Conseil de sécurité que le pays se trouvait à un « moment
charnière », insistant sur le fait que les élections demeurent la seule voie
légitime vers un retour à l’ordre constitutionnel. Haïti n’a pas organisé
d’élections nationales depuis 2016, principalement en raison de l’effondrement
sécuritaire.
Des diplomates soulignent que sans feuille de
route politique crédible, même les succès militaires les plus nets risquent de
rester temporaires. Les groupes armés ont souvent profité des vides
institutionnels, et les interventions internationales passées ont eu du mal à
transformer des gains sécuritaires en stabilité durable.
Pour de nombreux Haïtiens, la question n’est pas
seulement de savoir si l’État peut reprendre les rues, mais s’il peut
reconstruire les institutions qui les faisaient fonctionner.
Un pays qui attend encore le retour à la vie
normale
Au centre‑ville de Port‑au‑Prince, une « madame
Sara » nommée Mireille dit avoir constaté « un peu de calme » ces derniers
jours. Elle garde désormais son étal ouvert une heure de plus — une première
depuis des mois. Mais elle continue d’envoyer ses enfants chez des proches en
dehors de la capitale.
« Peut‑être que les choses changent », dit‑elle.
« Mais nous avons déjà vu l’espoir passer. »
Dans toute la ville, ce sentiment domine : un
mélange de soulagement, de scepticisme et d’épuisement. La nouvelle force
semble modifier l’équilibre, mais la crise profonde — déplacements massifs,
pression économique, effritement de l’autorité de l’État — reste entière.
Pour l’instant, Port‑au‑Prince demeure une ville
en transition, suspendue entre la peur et la possibilité. Savoir si ce moment
deviendra un tournant ou un simple répit dépendra de ce qui suivra : la
sécurité, certes, mais aussi la gouvernance, la responsabilité et un processus politique
que les Haïtiens attendent depuis près d’une décennie.
Patrick Prézeau
Stephenson is a Haitian scientist, policy analyst, financial advisor and author
specializing in Caribbean security and development.
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