Haïti face à elle-même : le test de la volonté nationale

 




Haiti facing itself: the test of national will

By Patrick Prézeau Stephenson* (Le Français suit)

In a recent essay, a Haitian policy voice argued that the country should build a 10,000-soldier force, framing it not as nostalgia but as arithmetic: sovereignty costs money, insecurity costs more. A former Haitian military officer offered an even bolder vision — recruit 50,000 young men and women across all departments, finance security through diaspora-backed instruments, deploy thousands of customs agents to choke off weapons flows, and force diplomacy to serve a national plan rather than foreign timetables.

Read emotionally, the proposal feels like a lifeline. Read operationally, it is a state-building project of extraordinary difficulty.

The appeal is obvious. Haiti’s security vacuum is no abstraction; it is measured in blocked roads, shuttered schools, extorted commerce, and neighborhoods abandoned at dusk. In that landscape, the officer’s argument lands with force: only Haitians, rooted in local language and social codes, can sustainably secure Haitian streets. He is right about one thing above all — no foreign mission can substitute for domestic legitimacy.

But legitimacy is not the same as capacity.

A mass decentralized recruitment drive — 5,000 per department — could produce local intelligence and rapid territorial presence. It could also, absent strict screening and command discipline, replicate the very fragmentation it seeks to defeat. In a country where armed networks and political patronage overlap, recruitment without deep vetting risks turning uniforms into competing loyalties. The difference between national force and armed mosaic is not manpower; it is doctrine, training, and chain of command.

The financing argument is similarly compelling, and similarly conditional. Haiti’s diaspora sends home billions each year, a remarkable reservoir of economic patriotism. The officer proposes channeling a portion through transparent bonds so families are not deprived while national security is funded. The mechanism is sensible in principle. Yet diaspora capital follows trust, and trust follows verifiable safeguards: independent audits, ring-fenced accounts, public quarterly reporting, and enforceable penalties for diversion. Without those, “diaspora bonds” become one more slogan competing with lived skepticism.

Where the former officer is most persuasive is on customs and borders. Weapons do not materialize in neighborhoods; they arrive through systems — ports, coastlines, crossings — and pass through people who are either incapable, complicit, or both. A serious anti-trafficking strategy requires professional customs personnel, modern scanning technology, maritime coordination, and anti-corruption units insulated from political interference. Security begins at the edge of the map.

His critique of diplomacy also deserves a sober hearing. International actors do not invent Haitian sovereignty; they respond to incentives, mandates, and pressure. Haiti will not be handed a durable architecture of force by external goodwill alone. Yet “imposing” a plan on the United Nations is less realistic than presenting one that is technically credible, fiscally governed, and politically owned. Diplomacy is leverage built on preparation.

The central truth in this debate is uncomfortable and unavoidable: Haiti does not face a single security failure but an institutional one. An army can hold ground. It cannot, by itself, prosecute kidnappers, adjudicate corruption, secure evidence chains, or clean ports. Those tasks belong to a wider ecosystem: police, courts, customs, financial intelligence, prisons, and civilian oversight. Rebuilding one pillar while neglecting the others is how countries spend heavily and remain fragile.

Still, dismissing the proposal outright would miss its historical significance. It is one of the clearest expressions of a sentiment now hardening across Haitian society: the era of temporary fixes is over. Citizens are asking not for another emergency patch, but for a sovereign security compact — expensive, disciplined, and measurable.

That is the right demand.

The practical path forward is not a dramatic overnight mobilization but a sequenced national program: recruit in controlled waves; train centrally under unified standards; rotate deployments to reduce local capture; link every security expansion to judicial and customs benchmarks; and place every dollar under independent scrutiny. In other words, build force at the speed of institutions, not anger.

Haiti’s dilemma is not whether to choose sovereignty or assistance. It is whether to convert urgency into architecture.

The former officer’s letter, for all its maximalism, points toward the only durable horizon: a state that can protect its own citizens with its own institutions. The question is no longer whether that ambition is justified.

It is whether Haiti’s leadership can make it governable.

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Haïti face à elle-même : le test de la volonté nationale

Par Patrick Prézeau Stephenson*

Dans un essai récent, une voix influente des politiques publiques haïtiennes a soutenu que le pays devait construire une force de 10 000 soldats, en présentant cette idée non comme une nostalgie, mais comme un calcul politique : la souveraineté coûte cher, l’insécurité coûte davantage. Un ancien officier militaire haïtien a proposé une vision encore plus audacieuse : recruter 50 000 jeunes hommes et femmes dans tous les départements, financer la sécurité par des instruments adossés à la diaspora, déployer des milliers d’agents des douanes pour freiner les flux d’armes, et mettre la diplomatie au service d’un plan national plutôt que de calendriers étrangers.

Lue avec émotion, la proposition ressemble à une bouée de sauvetage. Lue sur le plan opérationnel, c’est un projet de construction étatique d’une difficulté exceptionnelle.

L’attrait est évident. Le vide sécuritaire en Haïti n’a rien d’abstrait ; il se mesure en routes bloquées, écoles fermées, commerce extorqué et quartiers désertés à la tombée de la nuit. Dans ce contexte, l’argument de l’officier frappe juste : seuls des Haïtiens, enracinés dans la langue et les codes sociaux locaux, peuvent sécuriser durablement les rues haïtiennes. Sur un point essentiel, il a raison : aucune mission étrangère ne peut se substituer à la légitimité nationale.

Mais la légitimité n’est pas la capacité.

Une campagne massive de recrutement décentralisé — 5 000 par département — pourrait produire du renseignement local et une présence territoriale rapide. Elle pourrait aussi, en l’absence de filtrage strict et de discipline de commandement, reproduire la fragmentation même qu’elle prétend combattre. Dans un pays où se superposent réseaux armés et clientélisme politique, un recrutement sans vérification approfondie risque de transformer les uniformes en loyautés concurrentes. La différence entre une force nationale et une mosaïque armée ne tient pas au nombre d’effectifs ; elle tient à la doctrine, la formation et la chaîne de commandement.

L’argument du financement est, lui aussi, convaincant — et, lui aussi, conditionnel. La diaspora haïtienne envoie chaque année des milliards, un réservoir remarquable de patriotisme économique. L’officier propose d’en canaliser une part via des obligations transparentes, afin que les familles ne soient pas sacrifiées pendant que la sécurité nationale est financée. Le mécanisme est rationnel en principe. Mais le capital de la diaspora suit la confiance, et la confiance suit des garanties vérifiables : audits indépendants, comptes sanctuarisés, rapports publics trimestriels et sanctions applicables en cas de détournement. Sans cela, les « obligations diaspora » deviennent un slogan de plus, en concurrence avec un scepticisme ancré dans l’expérience.

Là où l’ancien officier est le plus persuasif, c’est sur les douanes et les frontières. Les armes n’apparaissent pas spontanément dans les quartiers ; elles arrivent par des systèmes — ports, littoraux, points de passage — et transitent par des acteurs soit incapables, soit complices, soit les deux. Une stratégie sérieuse contre le trafic exige des douaniers professionnels, des technologies modernes de scan, une coordination maritime, et des unités anticorruption protégées des ingérences politiques. La sécurité commence aux frontières.

Sa critique de la diplomatie mérite également une écoute lucide. Les acteurs internationaux n’inventent pas la souveraineté haïtienne ; ils répondent à des incitations, des mandats et des rapports de force. Haïti ne recevra pas une architecture sécuritaire durable par simple bonne volonté extérieure. Mais « imposer » un plan à l’ONU est moins réaliste que d’en présenter un qui soit techniquement crédible, fiscalement gouverné et politiquement approprié. La diplomatie est un levier qui se construit par la préparation.

La vérité centrale de ce débat est inconfortable et incontournable : Haïti ne fait pas face à un simple échec sécuritaire, mais à un échec institutionnel. Une armée peut tenir le terrain. Elle ne peut pas, seule, poursuivre les ravisseurs, juger la corruption, sécuriser les chaînes de preuve ou assainir les ports. Ces tâches relèvent d’un écosystème plus large : police, justice, douanes, renseignement financier, système carcéral et contrôle civil. Reconstruire un pilier en négligeant les autres, c’est ainsi que des États dépensent beaucoup et restent fragiles.

Pourtant, rejeter cette proposition d’un revers de main serait manquer sa portée historique. Elle incarne l’une des expressions les plus nettes d’un sentiment qui se durcit dans la société haïtienne : l’ère des solutions temporaires est terminée. Les citoyens ne demandent plus un nouveau pansement d’urgence, mais un pacte souverain de sécurité — coûteux, discipliné et mesurable.

C’est la bonne exigence.

La voie praticable n’est pas une mobilisation spectaculaire du jour au lendemain, mais un programme national séquencé : recruter par vagues contrôlées, former au centre selon des standards unifiés, faire tourner les déploiements pour limiter la capture locale, lier chaque expansion sécuritaire à des jalons judiciaires et douaniers, et soumettre chaque dollar à un contrôle indépendant. Autrement dit, il faut construire la force au rythme des institutions, pas de la colère.

Le dilemme haïtien n’est pas de choisir entre souveraineté et assistance. Il est de transformer l’urgence en architecture.

La lettre de l’ancien officier, malgré son maximalisme, pointe vers le seul horizon durable : un État capable de protéger ses citoyens avec ses propres institutions. La question n’est plus de savoir si cette ambition est justifiée.

La question est de savoir si le leadership haïtien peut la rendre gouvernable

 

References

1] Stephenson Prézeau P 2024. Le Coût Caché de la Violence des Gangs en Haïti. https://prezeau.blogspot.com/2024/04/le-cout-cache-de-la-violence-des-gangs.html

[2] Stephenson Prézeau P 2024. Building a 10K Strong Army in Haiti: A Strategic Investment for National Security and Stability . https://prezeau.blogspot.com/2024/04/building-10k-strong-army-in-haiti.html

 [3] Dominican Army - Wikipedia 

 [4] Anonymous former Haitian army officer. 2026. Personal communication (letter to Michel Ange), June 21, 2026.

*Patrick Prézeau Stephenson is a Haitian scientist, policy analyst, financial advisor and author specializing in Caribbean security and development.

 

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Kilès nouye :  Manifeste L'Appel du Lambi - Unité et Action pour Haïti

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